OSTEOCHONDROSES DE CROISSANCE: Maladie de Sever, Osgood-Sclatter...
- Sonia SONNERY-COTTET

- 24 avr. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 déc. 2025
Comprendre les ostéochondroses chez l'enfant sportif : quand la croissance rencontre le sport

L’enfant ou l’adolescent sportif qui se plaint de douleurs au genou, au talon ou au dos, sans traumatisme précis, est souvent porteur d’une ostéochondrose.
Ce terme un peu barbare regroupe en réalité un ensemble de pathologies bénignes mais parfois très invalidantes, liées à la croissance et à l’activité physique. Voici ce qu’il faut comprendre de ces affections du cartilage de croissance.
Qu’est-ce qu’une ostéochondrose ?
Les ostéochondroses sont des maladies de croissance affectant les cartilages d'ossification (cartilage de conjugaison).

Il s'agit d'une anomalie du cartilage de croissance causée par une interruption de la vascularisation de son noyau d'ossification nommée nécrose aseptique.
Elles surviennent chez les enfants et les adolescent·e·s, en particulier pendant les pics de croissance. Il en existe plusieurs formes, selon la zone du squelette atteinte :
Ostéochondroses articulaires (ex. : maladie de Legg-Calvé-Perthes pour la hanche, maladie de Panner pour le coude)
Ostéochondroses apophysaires (ou apophysoses), les plus fréquentes, touchant les zones d’insertion des tendons sur les cartilages de croissance (ex. : Osgood-Schlatter, Sever)
Ces affections sont provoquées par des contraintes mécaniques (traction ou compression) sur un os en pleine transformation.
Pourquoi les enfants sportifs sont-ils concernés ?
Lorsqu’on grandit, les os s’allongent, les muscles se tendent, et les cartilages de croissance sont temporairement plus fragiles.
Si, à cela, on ajoute une activité sportive intensive (sauts, courses, changements de direction répétés), les insertions tendineuses peuvent souffrir.
C’est ce qu’on appelle un microtraumatisme répété.
Certaines conditions anatomiques comme les pieds plats, le genu valgum (genoux vers l’intérieur) ou une rotation interne excessive des jambes peuvent augmenter les tensions sur ces zones.
Quels sont les signes d’alerte ?
Le symptôme principal est la douleur mécanique, qui survient pendant ou après l’effort, et qui disparaît au repos.
On peut aussi observer :
Une gêne fonctionnelle progressive
Une tuméfaction ou un gonflement localisé
Une douleur à la palpation d’une zone précise (ex. : tubérosité tibiale, talon, pointe de la rotule)
Ces douleurs ne réveillent jamais la nuit (contrairement aux pathologies inflammatoires).
Les ostéochondroses les plus fréquentes: maladie de Sever, Osgood-Schlatter...
👉 Maladie d' Osgood-Schlatter
Atteinte de la tubérosité tibiale antérieure. Douleur sous la rotule, gonflement localisé, douleurs aux sauts et réceptions. Fréquent chez les adolescent·e·s sportifs·ves.

👉 Maladie de Sinding-Larsen-Johansson
Inflammation à l’insertion du tendon rotulien sur la pointe inférieure de la rotule. Similaire à Osgood mais plus haut placée.

👉 Maladie de Sever
Douleurs au talon, à l’insertion du tendon d’Achille sur le calcanéum. Fréquent chez les jeunes footballeurs·euses ou gymnastes.
La maladie de Sever se manifeste par des douleurs de talon (talalgies) d’apparition progressive, survenant pendant les activités sportives ou juste après et calmées par le repos.
L’évolution se fait vers une augmentation des douleurs dans la vie quotidienne.
Les douleurs peuvent s’accompagner d’irradiations vers le tendon d’Achille ou la région plantaire.

👉 Maladie de Köhler-Mouchet
Atteinte du scaphoïde tarsien, avec douleurs et démarche modifiée. Rare mais spectaculaire chez les plus jeunes.
Ne touche qu'un pied.
Elle se manifeste par des douleurs de la face supérieure ou supéro-médiale du médio pied notamment lors d’activité sportive.

👉 Maladie de Legg-Calvé-Perthes
Nécrose partielle de la tête fémorale, responsable de boiterie et douleurs de hanche.

👉 Maladie de Scheuermann
Ostéochondrose vertébrale, provoquant une cyphose dorsale douloureuse.


👉 Maladie d' Iselin
Apophysite de la styloïde du 5ème métatarsien.
Fréquent chez les jeunes basketteurs.euses

👉Maladie de Freiberg
Ostéochondrose d’une tête métatarsienne.

Diagnostic et examens
Le diagnostic repose avant tout sur l’interrogatoire (type de sport, fréquence, apparition de la douleur...) et l’examen clinique.
Les radiographies peuvent être utiles pour confirmer une suspicion ou écarter d’autres diagnostics plus graves (ex. : tumeurs).
La radiographie peut montrer un aspect fragmenté du noyau d’ossification, sans que cela ne soit toujours corrélé à la douleur.
Traitement : repos et éducation
Le traitement est fonctionnel et conservateur dans la très grande majorité des cas :
Repos sportif relatif (arrêt des activités douloureuses, mais maintien de mouvements doux)
Étirements musculaires quotidiens (quadriceps, ischiojambiers, triceps sural)
Renforcement doux (gainage, travail postural)
Correction de facteurs favorisants (semelles, rééquilibrage musculaire)
Supplémentation en vitamine D si besoin
L’immobilisation (plâtre, botte) est réservée aux cas très douloureux ou réfractaires. La chirurgie reste exceptionnelle.
Rôle spécifique du/de la podologue
Le.a podologue joue un rôle clé dans la prise en charge des ostéochondroses, notamment en identifiant et en corrigeant les troubles posturaux et biomécaniques qui favorisent les douleurs.
Un bilan podologique complet permet d'évaluer les appuis plantaires, les axes des membres inférieurs, et les éventuels déséquilibres musculaires.
En fonction des résultats, la réalisation de semelles orthopédiques sur mesure peut être proposée afin de soulager les zones en souffrance (ex. : décharge du talon dans la maladie de Sever, recentrage du genou dans l’Osgood-Schlatter).
Le.a podologue peut également orienter vers des exercices d’étirement ou de proprioception spécifiques, et travailler en lien avec les kinésithérapeutes et les médecins du sport pour une prise en charge globale et coordonnée.
Prévention : diversité et écoute
Pour limiter le risque d’apparition ou de récidive :
Varier les sports et retarder la spécialisation
Respecter des jours de repos dans la semaine
Surveiller l’apparition de douleurs et les prendre au sérieux
Favoriser une bonne hydratation, une alimentation équilibrée, et un sommeil régulier
Selon la recommandation de la NATA (National Athletic Trainers Association), le nombre d’heures de sport hebdomadaire ne devrait pas dépasser l’âge de l’enfant.
En conclusion
Les ostéochondroses sont des maladies bénignes mais à ne pas négliger.
Elles traduisent souvent un excès de sollicitations sur un corps en pleine transformation.
Le repos, l'écoute du corps et une prise en charge adaptée permettent dans la grande majorité des cas un retour au sport sans séquelles.
Accompagner l’enfant dans cette période de croissance, c’est aussi l’aider à construire des bases solides pour une pratique sportive durable et épanouissante.



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