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LES TALONS: UNE HISTOIRE QUI MARCHE DEPUIS DES SIECLES.

  • Photo du rédacteur: Sonia SONNERY-COTTET
    Sonia SONNERY-COTTET
  • 23 déc. 2025
  • 24 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 24 heures



Quand on pense aux talons, on imagine souvent des escarpins élégants, des silhouettes élancées, et une démarche parfois . . . incertaine.



Mais derrière cet accessoire de mode se cache une histoire riche, pleine de rebondissements, où les genres, les cultures et les usages se croisent depuis des siècles.


Prêt·e à remonter le temps ? C’est parti !


Au départ, c'est avec l'idée brillante de ne plus avoir les pieds trempés ou plein de gadoue que les talons semblent être inventés.

Et à travers le monde, l'idée émerge deci-delà.

On peut tout à fait se mettre à la place des habitant.es des régions pluvieuses, qui avec un peu de jugeotte, se sont construit des soques en bois pour être un peu plus au sec pour pas cher.


On en trouve des traces dès l’Antiquité.


  • En Égypte ancienne, les bouchers portaient parfois des sandales à semelles épaisses pour éviter de marcher dans le sang.


  • Au Japon (794-1185), les getas japonaises (chaussures à semelles en bois) se transforment pour arborer des surélévations de bois afin d'éviter de marcher dans la boue et de glisser. Les premières traces remontent à la période Heian .


    Fabricant de geta, début du XXe siècle, Musée des beaux-arts de Boston
    Fabricant de geta, début du XXe siècle, Musée des beaux-arts de Boston

  • En Grèce antique, les acteurs et actrices de théâtre chaussaient des kothornos ou cothurnes : chaussures à semelle surélevée, pour être mieux vus du public. . .ainsi que les prostitué.es. . . et pour la même raison.


    illustration de  https://cothurnes.fr/
    illustration de https://cothurnes.fr/
    Figurine : Aphrodite orientale portant un diadème et aux pieds des cothurnes, 1er siècle av J.-C, Grèce antique, Paris, Musée du Louvre.
    Figurine : Aphrodite orientale portant un diadème et aux pieds des cothurnes, 1er siècle av J.-C, Grèce antique, Paris, Musée du Louvre.
  • Depuis le XIIIe siècle en Europe et en Amérique du Nord, des pattens (sorte de surchaussures) semblent être utilisés.




On trouve de belles enluminures où elles sont représentées.

Le Décaméron de Boccace - El Decameron de Boccaccio 1445-1450 − Grammont (France) Maître de Mansel;Maître de Guillebert de Metshttps://www.facsimilefinder.com/facsimiles/paris-decameron-facsimile
Le Décaméron de Boccace - El Decameron de Boccaccio 1445-1450 − Grammont (France) Maître de Mansel;Maître de Guillebert de Metshttps://www.facsimilefinder.com/facsimiles/paris-decameron-facsimile

Elles servaient notamment à protéger les chaussures en cuir (objet de luxe) de l'usure prématurée.

Wooden patten, Dutch,  1400s. Bata Shoe Museum
Wooden patten, Dutch,  1400s. Bata Shoe Museum

Le savais-tu ?


Tous ces "talons" sont sans ornements, et relèvent plutôt d'un aspect pratique.

La population qui en a l'utilité continuera de les porter sans songer à la guéguerre du "m'as tu vu" que les puissant.es vont se livrer pendant les siècles à venir.


Avant nos talons, les Chopines!


Les talons vont devenir un symbole de pouvoir, en élevant la personne et ce qu'elle représente.

Par la hauteur des talons, de plus en plus impressionnante, la noblesse étale ainsi sa richesse et son pouvoir.


Parmi les ancêtres les plus étonnants de nos chaussures à talons, les chopines occupent une place de choix.


Chopines espagnoles (1580-1620)BATA SHOE MUSEUM
Chopines espagnoles (1580-1620)BATA SHOE MUSEUM

Elles furent portées à partir du XIIIème siècle dans la péninsule ibérique, jusqu'au XVIIème siècle.


Cette aquarelle de 1540 représente des Espagnoles portant des « pattens », des chaussures à plateformes qui précédaient les chopines et étaient à l'origine portées par-dessus des chaussures de luxe pour les protéger du quotidien. Ces plateformes onéreuses sont finalement devenues un signe distinctif de statut social. Via le Musée Stibbert, Florence.
Cette aquarelle de 1540 représente des Espagnoles portant des « pattens », des chaussures à plateformes qui précédaient les chopines et étaient à l'origine portées par-dessus des chaussures de luxe pour les protéger du quotidien. Ces plateformes onéreuses sont finalement devenues un signe distinctif de statut social. Via le Musée Stibbert, Florence.

Ce fut une longue mode en Espagne et en Italie durant toute la Renaissance, dont l'épicentre devint Venise.

Ces plateformes vertigineuses pouvaient atteindre jusqu’à 50 voire 70 centimètres de hauteur.


illustration https/culturesdemode.com/wp-content/uploads/2020/02/Gravure/Denis/v2/carre.jpg
illustration https/culturesdemode.com/wp-content/uploads/2020/02/Gravure/Denis/v2/carre.jpg

Le savais-tu ? – Les chopines vident les forêts !


🟫 En Espagne, à la fin du XVIe siècle, la mode des chopines était si populaire que la demande en liège (le matériau principal pour les semelles ) a provoqué une pénurie locale. Certaines régions durent importer du liège depuis le Portugal pour répondre à la demande !


L'origine de ces chopines semblent venir de des Kabkabs (soques) que portaient les personnes dans les bains publics durant des siècles dans l'empire ottoman. . .


(Une femme franque et sa servante) Jean Étienne Liotard 1750
(Une femme franque et sa servante) Jean Étienne Liotard 1750

" Les kabkabs surélevés sont des échasses en bois utilisées à ces fins,  pendant des siècles au Moyen-orient et dans l’empire Ottoman. Le kabkab surélevé, est porté dans les salle humides du bain maure, où il permet de traverser la pièce sans se mouiller, mais il peut aussi se parer d’incrustations de nacres pour être porté lors d’occasions spéciales. C’est bien eux qui semblent avoir engendré les  les chopines vénitiennes dont les plateaux atteignent des hauteurs exagérées.


Paires de soques (kabkab ou qob-qob) Photo (C) RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet Tunisie, Tunis, centre des Arts et traditions populaires
Paires de soques (kabkab ou qob-qob) Photo (C) RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet Tunisie, Tunis, centre des Arts et traditions populaires

En effet, Les hautes sandales appelées kabkabs, portées par les femmes turques aux bains publics, comptent parmi les chaussures d’origine « exotique » qui firent leur apparition à Venise à partir du XVI e siècles. Le kabkab fait sensation et accessoirisé à la mode Italienne il devint la chopine, l’échasse qui conquerra l’Europe toute entière, avant d’être abandonnées au XVII e siècle.


Charles Lallemand Voyage en Orient, Syrie, jeune fille juive de Damas en grande toilette 1865 Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski musée d'Orsayhttp://www.musee-orsay.fr/
Charles Lallemand Voyage en Orient, Syrie, jeune fille juive de Damas en grande toilette 1865 Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski musée d'Orsayhttp://www.musee-orsay.fr/

Enfin, le Kabkab est importé en Afrique du nord pendant la période ottomane, c’est-a-dire lorsque la mode de la chaussure surélevée commence à tomber en désuétude. On garde le principe de la chaussure surélevée pour ne pas prendre l’eau au hammam, mais les hauteurs sont plus raisonnables et moins vertigineuses."

 Mira B.G

photo de kabkabs ou nalins. Sabot de bain turcs ottomans ornemantaux.
photo de kabkabs ou nalins. Sabot de bain turcs ottomans ornemantaux.

La fabuleuse histoire des chopines est racontée dans une interview d'Elizabeth Semmelhack, conservatrice principale au Bata Shoe Museum de Toronto https://www.collectorsweekly.com/articles/these-chopines-werent-made-for-walking/


Comme on le voit sur les images précédentes, ces souliers sont avant tout des plateformes.

Puis, petit à petit, les chopines vont de transformer, devenir parure de luxe avec des tissus précieux, de la dentelle, des pierreries . . .

Et la semelle compensée de plus en plus haute va être raboter vers l'avant pour "faciliter" la marche des dames.

On voit apparaitre la fameuse pente caractéristique de nos talon modernes.


Venise était alors le pivot central des marchandises venant d'Orient et était riche de ces échanges commerciaux.

La photo suivante montre bien le mélange de ces influences.


Fabricant inconnu (italien). Chopines , vers 1600. Cuir, soie, bois. New York : The Metropolitan Museum of Art
Fabricant inconnu (italien). Chopines , vers 1600. Cuir, soie, bois. New York : The Metropolitan Museum of Art

Cette paire de chopines vénitiennes présente une plateforme double sûrement influencée par les nalins ou kabkabs turcs.


Au début ce sont les courtisanes qui les portent, puis les nobles s'en emparent .

Les chopines vénitiennes deviennent le symbole ostentatoire de richesse et de statut social de la famille, et également une façon de contrôler les mouvements des femmes, les limitant dans leur déplacement hors de la maison.

Les femmes de la haute société étaient sorties pour parader, puis étaient ensuite cachées au regard de la société.


Alfieri, Bruno, éditeur. Il Gioco dell'Amore : Le Cortigiane di Venezia dal Trecento al Settecento. Milan : Bérénice, 1990.
Alfieri, Bruno, éditeur. Il Gioco dell'Amore : Le Cortigiane di Venezia dal Trecento al Settecento. Milan : Bérénice, 1990.

Plus les chopines étaient hautes, plus elles signalaient que la personne qui les portait n’avait pas à marcher seule : elle se faisait accompagner de serviteurs pour garder l’équilibre — voire être portée.


Une chopine, un type de chaussure à semelle compensée portée par les femmes nobles vénitiennes à la fin 16e siècle, atteint la hauteur impressionnante de 60 centimètres. Elle est exposée au musée Bardini de Florence.PHOTOGRAPHIE DE Florentine Civic Museums Photo Library
Une chopine, un type de chaussure à semelle compensée portée par les femmes nobles vénitiennes à la fin 16e siècle, atteint la hauteur impressionnante de 60 centimètres. Elle est exposée au musée Bardini de Florence.PHOTOGRAPHIE DE Florentine Civic Museums Photo Library

Le style devient un spectacle, et la démarche vacillante: un langage codé du pouvoir.


Même période, même idée, mais à l'autre bout de la planète.


Au même moment, certain.es japonnais.es se chaussent également avec hauteur.


carte postale https/www.geneanet.org/cartes-postales/view/8106037#0
carte postale https/www.geneanet.org/cartes-postales/view/8106037#0

Les geta , ces fameuses sandales japonaises en bois, sont composées d’un socle (dai), de lanières (hanao) et de « dents » (ha) qui surélèvent la chaussure.



Leur forme et leur hauteur varient selon le statut social et l’usage.

Parmi les plus impressionnantes figurent celles portées par les oiran, courtisanes de haut rang à l’époque d’Edo : appelées mitsu-ashi geta, ces sandales noires à trois dents pouvaient atteindre plus de 20 cm de hauteur.



Elles permettaient aux oiran de se déplacer lentement et avec grâce, souvent accompagnées de tout un cortège, accentuant leur prestige et leur mystère.


Oiran et son apprentie kamuro (à gauche) / Morisada Manko – National diet library
Oiran et son apprentie kamuro (à gauche) / Morisada Manko – National diet library

Ces sandales n’étaient pas seulement esthétiques, elles faisaient partie intégrante d’un rituel de représentation.

La marche était codifiée lors d'une parade : l'oiran dôchû.




À l’inverse, les maikos, apprenties geishas, portaient des okobo, sandales à plateforme pleine sans dents, également très hautes, mais souvent plus colorées.


Jeunes geisha (maiko) portant des geta okobo et des chaussettes tabi blanches. Crédits : mykyotophoto.com
Jeunes geisha (maiko) portant des geta okobo et des chaussettes tabi blanches. Crédits : mykyotophoto.com

Les samouraïs, quant à eux, portaient des geta plus sobres et fonctionnelles, souvent à deux dents, adaptées à leur rang et à leur démarche assurée.


Utagawa Hiroshige Combat de samouraï Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier Paris, musée Guimet - musée national des Arts asiatiques http://www.guimet.fr/fr/
Utagawa Hiroshige Combat de samouraï Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier Paris, musée Guimet - musée national des Arts asiatiques http://www.guimet.fr/fr/

Tandis que les classes populaires utilisaient des modèles simples et pratiques, ces formes spectaculaires reflétaient la richesse, la sensualité ou l’autorité de celles et ceux qui les portaient.




Aujourd’hui, ces geta iconiques réapparaissent lors de festivals et dans les arts traditionnels, perpétuant le souvenir de ces figures emblématiques de la culture japonaise.


Des deux côtés du monde les idées humaines semblent convergées sur le port des talons.


⚖️ Le savais-tu ? – Une loi contre les talons trop hauts


🟦 À Venise, au XVIe siècle, une loi interdit les chopines de plus de 8 cm… mais elle est largement ignorée. Certaines femmes continuaient de porter des plateformes de plus de 50 cm, aidées par des servantes pour tenir debout. Cette loi anti-chopine visait à limiter les excès de mode jugés indécents, mais elle prouve surtout que la hauteur était un enjeu social et politique que même la loi ne pouvait contenir.



Des chopines vénitiennes aux talons français:


Une figure historique en particulier a joué un rôle-clé dans l’évolution du talon en France : Catherine de Médicis. ( appelée aussi "L'italienne" puis " La reine noire").

Issue de la puissante famille italienne des Médicis, elle épousa en 1533 le futur roi Henri II de France.

Pour son mariage, elle aurait commandé des chaussures à talons pour compenser sa petite taille (environ 1,52 mètre) et s’imposer visuellement à la cour française.


illustration tirée de la collection numérique de la bibliotheque publique de new york
illustration tirée de la collection numérique de la bibliotheque publique de new york

Ce n’étaient plus des plateformes comme les chopines, mais des souliers dotés d’un véritable talon intégré, plus proche de nos talons modernes.


Cependant ces talons étaient bien différents de ceux que l’on connaît aujourd’hui.

À l’époque, le talon ne se situait pas à l’arrière du pied, sous le talon osseux (le calcanéum), mais au centre de la voûte plantaire.



1er quart 18e siècle Lieu de conservation Romans ; musée International de la Chaussure Numéro d'inventaire 1968.3.23
1er quart 18e siècle Lieu de conservation Romans ; musée International de la Chaussure Numéro d'inventaire 1968.3.23

Ce positionnement, surprenant pour notre regard actuel, s’explique par l’absence de semelle rigide : sans support solide sur toute la longueur du pied, placer un talon à l’arrière aurait provoqué une instabilité trop importante, voire la rupture de la chaussure.

En plaçant le talon sous la voûte plantaire, on répartissait mieux le poids du corps et on conservait un certain équilibre — même si la démarche restait vacillante.


Habit de cordonnier : Estampe du 17e siècle – crédit image BNF Gallica
Habit de cordonnier : Estampe du 17e siècle – crédit image BNF Gallica

Ce n’est que plus tard, avec l’amélioration des techniques de fabrication et l’introduction de semelles rigides , que le talon va progressivement glisser vers l’arrière du pied.


Cette posteriorisation permet une meilleure répartition des appuis et donne naissance au talon moderne tel qu’on le connaît aujourd’hui.


Ce glissement technique accompagne aussi un glissement symbolique : du talon-ornement au talon-fonction, du talon de parade au talon de posture.

Ce geste n’était pas qu’esthétique : il traduisait déjà une volonté d’affirmation et d’autorité.


Mariage de Henri II, roi de France, alors duc d'Orléans, et de Catherine de Médicis, par Vasari
Mariage de Henri II, roi de France, alors duc d'Orléans, et de Catherine de Médicis, par Vasari

Le savais-tu ?


Catherine de Médicis vouait une véritable "passion-amitié-distraction" pour ses "nain.es",(comme on peut le voir sur le tableau) qu'elle utilisait comme cannes pour se déplacer car ses "talons" l'empêchaient de marcher facilement. Drôle d'idée que l'on se faisaient alors du pouvoir. . .


Avec Catherine de Médicis, le talon quitte les rue vénitiennes pour entrer dans les palais — et dans l’histoire de la mode française.



Catherine de Médicis : les talons comme arme de pouvoir


Ses talons, inspirés de modèles déjà existants en Orient et en Italie, étaient un moyen de paraître plus grande, mais aussi de signaler son statut social : seul.es les riches pouvaient se permettre des chaussures aussi peu pratiques.


Mais la mode ne s’est pas arrêtée là.

L’influence de Catherine, en tant que reine puis régente, a contribué à diffuser le goût pour les talons à la cour, puis dans les autres cours européennes.


Tableau de Catherine de Médicis peint par Corneille de Lyon (1536). Ce portrait est estimé être la représentation la plus fidèle de la reine
Tableau de Catherine de Médicis peint par Corneille de Lyon (1536). Ce portrait est estimé être la représentation la plus fidèle de la reine

Ces chaussures devenaient de véritables objets de distinction, ornés de broderies, de rubans, de pierres précieuses, parfois très instables et destinés uniquement à la marche cérémonielle.


Elisabeth Ire


A la même époque, la reine d'Angleterre Elisabeth Ire née Tudor, protestante et célibataire (appelée aussi "Elisabeth la Grande" ou "La reine vierge") va porter des talons pour affirmer sa domination.

Ses talons seront masculins, carrés, en provenance de la perse et de ses cavaliers.

« J’entends, dit-elle un jour, que l’Angleterre ait une maîtresse et point de maître. »https://www.nationalgeographic.fr/histoire/angleterre-culture-generale-qui-etait-elizabeth-premiere-derniere-representante-de-la-dynastie-tudor


A portrait of Elizabeth Howard, Lady Southwell (c.1564 – 1646), an English Elizabethan lady wearing a farthingale dress with its distinctive protruding waist created by a padded roll and inserted wooden hoops. By an unknown artist c. 1600 CE. (Weiss Gallery, London)
A portrait of Elizabeth Howard, Lady Southwell (c.1564 – 1646), an English Elizabethan lady wearing a farthingale dress with its distinctive protruding waist created by a padded roll and inserted wooden hoops. By an unknown artist c. 1600 CE. (Weiss Gallery, London)

Elle rend l'Angleterre protestante (c'est le début de l'Eglise anglicane) afin de se séparer du pouvoir religieux, tout en laissant ses sujets libres de leur.s croyance.s.

Ce faisant, elle se met tous les pays catholiques à dos.

Seule, la reine Elisabeth se tournera alors vers des alliés musulmans: les perses.

Cette relation influencera l'Angleterre sur la mode, la cuisine (elle raffolait des sucreries notamment des fruits confits qui lui gâtaient les dents et qui a été le déclencheur de la mode des dents noires) et bien sûr sur les talons de la reine.


Le savais-tu ?


Catherine et Elisabeth ne se rencontreront jamais.

Malgré un bon début, leur relation diplomatique deviendra

caduc après la nuit de la Saint-Barthelemy et le massacre des protestants ordonné par Catherine de Medicis et son fils, le roi Charles IX.


'Un matin devant la porte du Louvre' (tableau 1880) / Catherine de Médicis dévisage les cadavres de protestants au lendemain du massacre de la Saint-Barthélémy. - Édouard Debat-Ponsan (1847–1913) (WikiCommons musée d'art de Clermont-Ferrand)
'Un matin devant la porte du Louvre' (tableau 1880) / Catherine de Médicis dévisage les cadavres de protestants au lendemain du massacre de la Saint-Barthélémy. - Édouard Debat-Ponsan (1847–1913) (WikiCommons musée d'art de Clermont-Ferrand)

















Des talons pour la guerre (et pas pour le style)



Direction la Perse du Xe siècle, ennemi de l'empire ottoman ! ! ! et amie de la reine d'Angleterre.

Là-bas, les cavaliers de l’armée perse, redoutés pour leur maîtrise du cheval et de l’arc, portent des chaussures à talons épais.

Pourquoi ?

Pour une raison stratégique : le talon leur permettait de verrouiller leur pied dans l’étrier, assurant une stabilité optimale lorsqu’ils se dressaient pour tirer à l’arc en pleine course.


Miniature persane, XVe siècle – Cavalier à cheval portant des chaussures à talons pour la stabilité équestre.
Miniature persane, XVe siècle – Cavalier à cheval portant des chaussures à talons pour la stabilité équestre.

Dans une époque où l’art équestre est au cœur des conflits, cette invention devient une arme redoutable. Le talon est alors masculin, fonctionnel et guerrier.


photo de l'exposition « La Tête haute : L'étrange histoire des hommes en talons »2015  https://batashoemuseum.ca/standing-tall/
photo de l'exposition « La Tête haute : L'étrange histoire des hommes en talons »2015 https://batashoemuseum.ca/standing-tall/

Ce type de chaussure n’était pas porté par n’importe qui : il était réservé aux cavaliers d’élite, souvent issus de la noblesse militaire perse. Porter des talons, c’était déjà montrer son rang, sa capacité à chevaucher… et donc à dominer.

Bref, avant d’être chic, le talon servait à protéger, combattre ou dominer visuellement.


Le savais-tu ?


Dans la Russie médiévale, les hommes portaient des bottes dont certaines étaient ornées et à talons. (future santiag des vaqueros espagnols puis des cowboys??)

Illustration de Russia Beyond
Illustration de Russia Beyond
















De l’Est vers l’Ouest : la conquête européenne


À partir du XVe siècle, les Européens découvrent les bottes persanes à talons.


"Abbas le Grand - l'un des plus éminents leaders perses - souhaitait nouer des relations diplomatiques avec l'Europe. Parallèlement, l'Europe, et plus particulièrement l'Angleterre, avait établi des relations commerciales avec la Perse au cours du siècle dernier. Un intérêt commun entre la Perse et l'Europe était de tenir l'Empire ottoman à distance. Abbas le Grand en avait conscience et il connaissait la puissance de ses forces armées ; l'une des plus grandes armées au monde capable de se battre sur des terrains montagneux et où chaque homme était chaussé de talons. Au fur et à mesure que les relations entre les deux puissances se développèrent, les talons furent rapidement remarqués par les cours européennes, qui eurent tôt fait de les adopter."

L'histoire oubliée des hommes et des chaussures à talons hauts

Écrit par Tom Flanagan | 15 juin 2022


Fascinés, les nobles des cours européennes les adoptent pour imiter les cavaliers perses, puis pour afficher leur statut.

Porter des talons devient un signe de richesse : après tout, qui peut se permettre de ne pas beaucoup marcher ?



Louis XIV : le talon comme arme de pouvoir absolu


Au XVIIe siècle, la France se prend de passion pour l’Orient.

Sous l’impulsion de Colbert, l’idée se répand que le rayonnement du royaume passe par l’ouverture aux cultures orientales.

Magasins de la Compagnie des Indes Orientales française à Pondichéry, avant destruction de la ville par les Anglais en 1761. Musée de la Compagnie des Indes à Lorient © Wikimedia commons, domaine public 
Magasins de la Compagnie des Indes Orientales française à Pondichéry, avant destruction de la ville par les Anglais en 1761. Musée de la Compagnie des Indes à Lorient © Wikimedia commons, domaine public 

Le Levant, Constantinople, la Perse : autant de territoires qui font rêver la jeune aristocratie, avide d’exotisme et d’aventures.

Ces récits venus d’ailleurs nourrissent même l’imaginaire de La Fontaine, qui s’en inspire pour ses fameuses fables.


Pendant ce temps, à la cour de Louis XIV, la mode se structure peu à peu. La gravure de mode – estampes en tête – devient un véritable outil de diffusion des tendances.


Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres ; mis en ordre et publié par M. Diderot,… Et, quant à la partie mathématique, par M. d’Alembert,… Paris : Briasson, David, Le Breton, etc…1751-1777. -35 vol. ; in-fol. – Planches : Tome 5, gravure en taille douce.
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres ; mis en ordre et publié par M. Diderot,… Et, quant à la partie mathématique, par M. d’Alembert,… Paris : Briasson, David, Le Breton, etc…1751-1777. -35 vol. ; in-fol. – Planches : Tome 5, gravure en taille douce.

Figure I : Le graveur vernit une planche et en figure I bis, le personnage la noircit à l’aide d’un flambeau. La figure II représente un graveur à l’eau-forte qui verse l’acide qui est récupéré dans une bassine. En figure III, le graveur est occupé à graver à la pointe sur le vernis. La figure IV montre comment l’eau-forte mord la plaque en ballotant une boîte qui contient ces deux éléments. La figure V illustre la morsure de l’eau-forte et la figure VI, le graveur au burin.


Parmi ces tendances, la mode persane occupe une place de choix, avec un détail vestimentaire qui ne passe pas inaperçu : le talon haut. Exotique, élégant, il séduit les cours royales et s’impose comme un symbole de raffinement.


 Louis Boudan, Louis-Alexandre de Bourbon comte de Toulouse, vers 1693-1710, aquarelle et rehauts de gouache sur papier, dans Rois et Reines de France et personnes de différentes qualités, dessinés sur des monumens [sic], X. Règnes de Henri IV, Louis XIII, Louis XIV (années 1589 à 1660), Paris, BNF, Est. (Réserve Oa-18-fol), fo 67.
 Louis Boudan, Louis-Alexandre de Bourbon comte de Toulouse, vers 1693-1710, aquarelle et rehauts de gouache sur papier, dans Rois et Reines de France et personnes de différentes qualités, dessinés sur des monumens [sic], X. Règnes de Henri IV, Louis XIII, Louis XIV (années 1589 à 1660), Paris, BNF, Est. (Réserve Oa-18-fol), fo 67.

Et c’est là qu’entre en scène Louis XIV, le Roi Soleil.


Petit par la taille (1m62), grand par l’apparat, il adopte les talons hauts et rouges comme emblème de sa royauté.

Ses talons, souvent de 10 cm, sont décorés de broderies et pierres précieuses. Et surtout, ils sont rouges, teinte associée au sang royal.


 Le savais-tu ?


C’est le frère de Louis XIV qui a popularisé le talon rouge à la cour de France après être rentré du carnaval au Marché des Innocents (où se trouvaient les abattoirs) les talons teintés de sang.


Portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, 1701 – Remarquez les talons rouges emblématiques du pouvoir royal.
Portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, 1701 – Remarquez les talons rouges emblématiques du pouvoir royal.

Pour connaitre une journée type du roi soleil, vous pouvez consulter ce lien:



Décret royal, 1673 : Seuls les courtisans ayant reçu les faveurs du Roi sont autorisés à porter des talons rouges.


Femme de qualité en déshabillé reposant sur un lit d'ange Nicolas Bazin d'après Jean Dieu de Saint-Jean 35.6 × 39.1 cm.  Hennin 5537 Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie
Femme de qualité en déshabillé reposant sur un lit d'ange Nicolas Bazin d'après Jean Dieu de Saint-Jean 35.6 × 39.1 cm.  Hennin 5537 Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie

Citation – Duc de Saint-Simon, 1705 :

« À Versailles, le mérite se mesure à la hauteur des talons et la couleur du cuir. Plus on élève le pied, plus on s’approche du Soleil. »

Le Dauphin, Louis XIV, le duc de Bourgogne, détail d’un tableau de Nicolas de Larguillière
Le Dauphin, Louis XIV, le duc de Bourgogne, détail d’un tableau de Nicolas de Larguillière

Le talon devient un outil de distinction, de contrôle et de domination visuelle.


Au XVIIe siècle, le talon haut s’impose dans les cercles nobles.

Tout le monde – hommes et femmes – vacille fièrement.


Peu importe l’inconfort : le poids du corps bascule vers l’avant, les chaussures ne différencient pas pied droit et pied gauche, et la démarche devient approximative.


Chez les hommes, on parle même d’une allure de canard !

Les femmes, elles, adoptent une démarche ondulante, parfois maladroite. Et pour ne pas finir par terre, beaucoup s’appuient sur une canne, accessoire à la fois pratique et chic.


[…] Souliers que portait Mgr Philippe 1er Duc d’Orléans frère unique de Louis XIV, lors de l’entrée de S. M. à Aix en Provence en 1660 tirés du beau cabinet de Mr de St. Vincent (sic) à Aix.© MAD, Paris / photo Jean Tholance.
[…] Souliers que portait Mgr Philippe 1er Duc d’Orléans frère unique de Louis XIV, lors de l’entrée de S. M. à Aix en Provence en 1660 tirés du beau cabinet de Mr de St. Vincent (sic) à Aix.© MAD, Paris / photo Jean Tholance.

Mais cette démarche chancelante est perçue comme tout sauf ridicule. Elle devient un marqueur d’élégance, voire de pouvoir. Porter des talons, c’est s’élever, littéralement et symboliquement.


L'heureux commencement du règne de Louis XV, Roy de France et de Navarre par la régence de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans et l'établissement des Conseils. Estampe du XVIIIe siècle.
L'heureux commencement du règne de Louis XV, Roy de France et de Navarre par la régence de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans et l'établissement des Conseils. Estampe du XVIIIe siècle.

Sous Louis XV "le "Bien Aimé" ( peut être un peu trop car mort de la petite vérole), petit fils du roi soleil, les talons continus de régner, sous l'influence de Mme de Pompadour qui est LA maîtresse de France.


Maurice Quentin de La Tour Portrait en pied de la marquise de Pompadour Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot musée du Louvre
Maurice Quentin de La Tour Portrait en pied de la marquise de Pompadour Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot musée du Louvre

Madame de Pompadour Auteur : BOUCHER François
Madame de Pompadour Auteur : BOUCHER François

La philosophie des Lumières, que Mme de Pompadour défend , est le prélude aux changements politique, économique et religieux qui vont bientôt avoir lieu.


Sous le règne de son petit fils Louis XVI et de Marie Antoinette les talons se font moins hauts, et se parent alors de mille fantaisies : rosettes, rubans somptueux, puis au XVIIIe siècle, boucles d’argent et pierres précieuses.

On en orne même les contreforts – ces fameux "venez-y voir", pensés pour attirer le regard.


L’Escarpolette, vers 1766, Jean Honoré Fragonard
L’Escarpolette, vers 1766, Jean Honoré Fragonard

À cette époque, les souliers ne sont plus de simples accessoires : ce sont de véritables trésors à porter aux pieds.


La reine Marie-Antoinette en avait 500 paires, et elle assortissait ses chaussures à ses tenues. . . elle se changeait trois fois par jour !


Chaussure de Marie-Antoinette, 1792 Paris, Musée des Arts Décoratifs © MAD Paris / photo : Christophe Dellière
Chaussure de Marie-Antoinette, 1792 Paris, Musée des Arts Décoratifs © MAD Paris / photo : Christophe Dellière

Soulier supposé de la reine arraché le 10 août 1792 des mains d’un des envahisseurs par M. d’Ennecey de Champuis, qui défendait le château des Tuileries. musée carnavalet
Soulier supposé de la reine arraché le 10 août 1792 des mains d’un des envahisseurs par M. d’Ennecey de Champuis, qui défendait le château des Tuileries. musée carnavalet
Soulier de Marie-Antoinette porté le 16 octobre 1793, jour de son éxécution Photo : Musée des Beaux-Arts de Caen, © cliché Patricia Touzard ©Cette chaussure est présentée dans une autre exposition,  "Marie-Antoinette , métamorphoses  d'une image" à la Conciergerie
Soulier de Marie-Antoinette porté le 16 octobre 1793, jour de son éxécution Photo : Musée des Beaux-Arts de Caen, © cliché Patricia Touzard ©Cette chaussure est présentée dans une autre exposition,  "Marie-Antoinette , métamorphoses  d'une image" à la Conciergerie

Les chaussures de Marie Antoinette n'étaient pas à sa taille et entravaient sa marche.

Le soulier porté par Marie-Antoinette en 1792 a de quoi surprendre : à peine 5 cm de large pour 21 cm de long… soit l’équivalent d’un minuscule 33 ! Pour une femme de 37 ans, c’est plus que serré – c’est étouffant.


Et pourtant, à l’époque, c’est dans la norme.

En France, les femmes de la haute société n’hésitent pas à chausser des souliers bien trop petits pour elles. On apprend à marcher en relevant les talons, à recroqueviller les orteils, à se faire toute petite… au sens propre comme au figuré.

Du XVIIe au XIXe siècle, les petits pieds sont glorifiés. On les admire, on les idéalise, on les contraint.


Cette mode des petits pieds est présente en Chine depuis le Xème siècle, avec les pieds bandés.


Extrait des Pieds bandés © Kana - Li Kunwu
Extrait des Pieds bandés © Kana - Li Kunwu

Cette esthétique de la douleur, on la connaît bien : « il faut souffrir pour être belle », disait-on déjà.

Bullshit.


«Marie-Antoinette à la rose» par Elisabeth Vigée Le Brun (Versailles, musée du Château)
«Marie-Antoinette à la rose» par Elisabeth Vigée Le Brun (Versailles, musée du Château)

Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Autoportrait , 1790, Galleria degli Uffizi, Florence. En train de peindre un portrait de la reine Marie Antoinette
Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Autoportrait , 1790, Galleria degli Uffizi, Florence. En train de peindre un portrait de la reine Marie Antoinette

La beauté des tableaux d'Elisabeth Louise VIGIEE ! ! !


Mais la beauté à cet époque à un prix.

Et les pieds souffrent en silence, comprimés, malmenés, invisibilisés.

Un prix élevé à payer pour se conformer aux canons d’une époque obsédée par la délicatesse et la discrétion du corps féminin.

Les hommes n'étant pas en reste avec leur talons, symbole de leur élévation et de leur inaccessibilité au commun des mortel.les.


Pendant toute cette période, les mules à talons venant d'Orient sont très répandues.


Des talons rouges au sang du peuple : la chute d’un symbole

( attention: importante disgression historique car j'adore l'histoire. . . et encore je me suis retenue ! ! )


Lors de la Révolution française (1789), les talons rouges deviennent le symbole honni de l’aristocratie. Ils sont brûlés, rejetés, perçus comme des reliques d’un ordre injuste.

Pour comprendre la misère qu'il y avait en France, je vous laisse lire ce très documenté article de Bertrand Tièche : https://www.revolutionfrancaise.website/2020/08/a-propos-de-la-terrible-misere-au-18eme.html


Pamphlet, 1790 :

« Tandis que nos pieds sont nus, les nobles dansent en talons rouges, foulant le sang du peuple sans honte. »

Portrait de Theroigne de Mericourt (1762-1817) révolutionnaire française, Gravure, 1847. © AFP - Bianchetti / Leemage
Portrait de Theroigne de Mericourt (1762-1817) révolutionnaire française, Gravure, 1847. © AFP - Bianchetti / Leemage

Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,


Excitant à l’assaut un peuple sans souliers,


La joue et l’œil en feu, jouant son personnage,


Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers?


Les Fleurs du Mal (1857) de Baudelaire


Pour savoir qui est cette révolutionnaire, vous pouvez consulter ce très bon article: https://www.associationfrancaisedufeminisme.fr/2020/07/14/printemps-et-ete-1789-qui-sont-les-femmes-qui-ont-fait-la-revolution/


Comme la parole des femmes était étouffée, peut importe les actes de bravoure dont Théroigne était pourtant décorée, ce n'est pas elle qui dit au parlement :


Archives parlementaires, 1791 :

« Que l’on détruise jusqu’aux talons de ces tyrans ! Chaque centimètre d’élévation n’a servi qu’à mieux nous écraser. »

Le plat et le pratique deviennent la norme.

L'égalité entre les nobles et le peuple transparait presque par les souliers.


Robespierre, Danton et Marat, peinture d'Alfred Loudet, 1882. © Musée de la Révolution française, David Monniaux, Wikimedia Commons, domaine public
Robespierre, Danton et Marat, peinture d'Alfred Loudet, 1882. © Musée de la Révolution française, David Monniaux, Wikimedia Commons, domaine public

Et qu'en est il de l'égalité des femmes et des hommes revendiquée par les révolutionnaires de la première heure, celles qui ont marchées sur Versailles ?


« À Versailles, à Versailles » : Estampe figurant la Marche des femmes sur Versailles (5 et 6 octobre 1789), anonyme, Bnf – département des Estampes et de la photographie
« À Versailles, à Versailles » : Estampe figurant la Marche des femmes sur Versailles (5 et 6 octobre 1789), anonyme, Bnf – département des Estampes et de la photographie

Olympe de Gouges va écrire en 1791 le premier article de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne:


Marie Gouze dite OLYMPE DE GOUGES | Bibliothèque nationale de France
Marie Gouze dite OLYMPE DE GOUGES | Bibliothèque nationale de France

« La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »


Illustration de la couverture de La déclaration de la femme illustrée https://onestpasdesprincesses.fr/produit/declaration-des-droits-de-la-femme-illustree/
Illustration de la couverture de La déclaration de la femme illustrée https://onestpasdesprincesses.fr/produit/declaration-des-droits-de-la-femme-illustree/

L'égalité est en marche


Le Serment du Jeu de Paume à Versailles le 20 juin 1789 David Jacques Louis (1748-1825)
Le Serment du Jeu de Paume à Versailles le 20 juin 1789 David Jacques Louis (1748-1825)

Revenons en à nos talons.

Les chaussures sont avec pas ou peu de talons, les boucles de souliers encore à la mode.

Suite à la Terreur, la jeunesse dorée revient sur le devant de la scène en théâtralisant leur vie.

On les appelle: " les Incroyables et les Merveilleuses ".


Deux beaux spécimens d’Incroyables : longues boucles autour du visage et cheveux relevés à l’arrière, cravate qui remonte jusqu’au menton, redingotes à revers large, « pouvoir exécutif » à la main, lorgnon et chaussure pointues.    https://www.amusidora.fr/incroyables-et-merveilleuses-histoire-de-la-mode-sous-le-directoire/
Deux beaux spécimens d’Incroyables : longues boucles autour du visage et cheveux relevés à l’arrière, cravate qui remonte jusqu’au menton, redingotes à revers large, « pouvoir exécutif » à la main, lorgnon et chaussure pointues. https://www.amusidora.fr/incroyables-et-merveilleuses-histoire-de-la-mode-sous-le-directoire/

Les Merveilleuses (période Directoire). Gravure de Louis Darcis (XVIIIème siècle). ©Musée Carnavalet
Les Merveilleuses (période Directoire). Gravure de Louis Darcis (XVIIIème siècle). ©Musée Carnavalet

Les chaussures sont plates.

Les coiffures imitent les condamné.es à la guillotine.

On va au "bal des victimes" où il est de bon ton de porter un foulard rouge autour du cou.

On porte en perruques les cheveux des guillotiné.es.

On arrête de prononcer la lettre R de la Révolution lorsqu'on parle, devenant ainsi " les Me'veilleuses et les Inc'oyables ".


La mode est à l'antiquité et/ou à la caricature.

On se veut bossu.es, binoclard.es.

Robes légères et transparentes.

Les carrosses sont de nouveau dans la rue.

Cette période appellée Le Directoire (1795/1799) s'achève au coup d'état de Napoléon.


Napoléon et les bottines


Sous Napoléon, la mode s'inspire des militaires.

Les bottes deviennent courantes.

La mode devient plus austère, rationnelle et néoclassique.

Tant pour les hommes que pour les femmes, on privilégie des silhouettes épurées inspirées de l’Antiquité.

Les chaussures sont plates, souples, souvent en cuir ou en tissu, sans fioritures.


Les femmes perdent l'évolution de leurs droits acquis à la révolution, et deviennent les possession des hommes.


Napoléon et Joséphine, peint par Harold Hume Piffard (1867-1938). Collection particulière.
Napoléon et Joséphine, peint par Harold Hume Piffard (1867-1938). Collection particulière.

L’article 324 du Code pénal indiquait que “dans le cas d’adultère, le meurtre commis par l’époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l’instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable.”


Beurk ! !


L'article 213 du code civil de Napoléon: “le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari”*


???


On peut tout de même lui reconnaitre la remise au gout du jour des chaussures asymétriques (le pied droit différent du pied gauche), afin de faciliter les longues marches de ses soldats.

Beaucoup moururent.

Ceux qui revinrent de la guerre lancèrent la mode du confort.


Le retour des talons après Napoléon


Il faut attendre les années 1820–1830, sous la Restauration puis la monarchie de Juillet, pour voir réapparaître progressivement le talon dans la chaussure féminine.


Ce retour très modeste s'inscrit dans un mouvement plus large de "re-féminisation" des corps et des vêtements : les corsets reviennent, les jupes s’évasent, et les chaussures se raffinent.

illustration tirée du journal des dames 1823
illustration tirée du journal des dames 1823

Cette nouvelle esthétique bourgeoise est fondée sur la distinction, la pudeur et la grâce.


Il devient plus présent sous le Second Empire (1852–1870), époque de luxe, de mise en scène sociale et d'essor de la haute couture à Paris.


C’est à ce moment-là que la bottine à petit talon devient un incontournable du vestiaire féminin.

Paire de bottines à talon pour femme, milieu XIXème siècle. Satin vert émeraude. Photo tirée de https://www.thierrydemaigret.com/catalogue
Paire de bottines à talon pour femme, milieu XIXème siècle. Satin vert émeraude. Photo tirée de https://www.thierrydemaigret.com/catalogue
Paire de bottillons « barrette » pour femme, vers 1880. photo tirée de https://www.thierrydemaigret.com/catalogue
Paire de bottillons « barrette » pour femme, vers 1880. photo tirée de https://www.thierrydemaigret.com/catalogue

Les bottines sont fermées sur le coté par des boutons ou des lacets passant dans des oeillets métalliques (invention de 1823) ou par des goussets élastiques (invention de 1827).


Pour mettre et enlever les attaches des bottines, il fallait un crochet à bottine dit tire-bouton, ou un tire lacets.

Ce dernier, devient un élément indispensable de toute garde-robe féminine dans les années 1880 , comme les soldats qui depuis toujours utilisent un tire bouton pour pouvoir mettre leur guêtres.

 La disparition des talons chez les hommes marque une bascule durable dans la construction de la masculinité moderne : sobre, fonctionnelle, rationnelle.


Les souliers masculins gardent un talon bas, purement utilitaire, que ce soit pour la marche, l’équitation ou la baston.


Le talon haut devient dès lors un marqueur presque exclusivement féminin — une inversion par rapport à son origine, puisqu’il fut autrefois porté d’abord par les hommes.


Au même moment en Angleterre


Apparue au milieu du XIXᵉ siècle, la bottine victorienne s’inscrit dans le contexte de l’Angleterre de l’époque de la reine Victoria (1837–1901), une période marquée par de profonds bouleversements sociaux, industriels et culturels.

Queen Victoria, photographie officielle du Jubilé de Diamant, 1897, W.et D. Downey, National Archives of Canada (copie au National Portrait Gallery).
Queen Victoria, photographie officielle du Jubilé de Diamant, 1897, W.et D. Downey, National Archives of Canada (copie au National Portrait Gallery).

👢 Le saviez-vous ? 


À l’époque victorienne, les femmes portaient des bottines à boutons très (trop??!!) serrées, symbole d’élégance qui mettaient en valeur la finesse des chevilles, considérée comme un atout de séduction discret mais puissant.



Un tournant dans la mode anglaise se fera par Le coordonnier de la reine Victoria : Joseph Sparkes Hall, qui invente des bottines sans boutons ni lacets . . . et sans talons

Bottes (paire), avec carte de visite, femme, lin / soie / coton / cuir / métal / carton, conçues et fabriquées par Joseph Sparkes Hall, portées par la reine Victoria, Londres, Angleterre, 1837
Bottes (paire), avec carte de visite, femme, lin / soie / coton / cuir / métal / carton, conçues et fabriquées par Joseph Sparkes Hall, portées par la reine Victoria, Londres, Angleterre, 1837

Cette paire est en réalité un prototype offert à la reine. les soufflets latéraux sont constitué de ressorts métalliques recouverts de coton naturel. En 1840 il brevette des bottes basses à soufflets élastiques grâce à la découverte de la gomme vulcanisé. La mode anglaise des Chelsea Boot est lancé.

Et c'est une révolution aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

En effet plus besoin de tire lacet ou crochets.

Ces boots s'enfilent et se quittent beaucoup plus facilement, presqu'avec souplesse.


La révolution industrielle



Alors que la Révolution industrielle transforme la production et les modes de vie, la mode devient un reflet des nouvelles aspirations bourgeoises : respectabilité, pudeur et distinction.


La bottine, qui remplace progressivement les souliers plats du début de siècle, répond à ces codes.


Fermée par des boutons ou un laçage montant jusqu’à la cheville— zone jugée suggestive — , elle permet de couvrir le pied et le bas de la jambe, conformément aux exigences morales de la société victorienne.

Fabriquée en cuir ou en tissu, parfois décorée de broderies ou de détails raffinés, elle se décline en versions de ville comme de soirée.

Son petit talon, discret mais présent, amorce une féminisation de la silhouette tout en conservant une certaine retenue.

Elle devient rapidement un symbole de la femme « respectable », tout en s’adaptant aux progrès techniques de l’époque, comme la mécanisation de la fabrication et l’introduction de la couture industrielle.



Article en cours de travail..

Plan en construction



A venir:

Le talon comme ornement… et entrave


Il modifie la démarche, ralentit le mouvement, fragilise la posture, tout en mettant en valeur le galbe des jambes. Il contraint le corps pour le rendre plus "désirable".


Idéal féminin du XIXe siècle :


  • Démarche lente, corps contenu, surélevé, affîné.

  • La femme "comme il faut" ne court pas, ne marche pas trop vite.


Un statut social mis à part


Porter des talons montre qu’on n’a pas besoin de marcher loin, ni de travailler debout. Pouvoir porter des talons, c’est montrer qu’on n’a pas besoin de ses pieds pour vivre.


La Fronde ( premier quotidien au monde entièrement conçu et réalisé par des femmes ) , 1913 :

« Ce ne sont pas les chaînes aux poignets que l’on nous impose, mais aux pieds. Talons hauts et corsets sont les fers de la coquetterie forcée. »

Le talon aujourd’hui : entre style, travail et douleurs

Le talon est partout : tapis rouges, mode, vie quotidienne. Il peut être un choix de style... ou une obligation sociale.


Au travail : la pression de l’élégance


Certaines entreprises valorisent encore celles qui portent des talons. Des femmes souffrent en silence, pensant que la douleur est le prix de la "bonne présentation".


Étude 2022 : 57 % des femmes actives se sentent incitées à porter des talons pour "donner une bonne image".


Le point podo : quand le pied proteste


Hallux valgus, douleurs chroniques, troubles posturaux... Souvent, j’entends :

« Je savais que ça allait me faire mal… mais je devais être élégante. »

Escarpins modernes – Exemple de talons aiguilles contemporains.

Heureusement, les baskets chic et chaussures plates s’imposent enfin. Et les hommes ? De plus en plus osent les talons. Le talon redevient un territoire de liberté.

Souvenirs de talons... et de jambes galbées

Certaines patientes évoquent leurs souvenirs de jeunesse :

« Ces talons, c’était mes préférés… Je me sentais bien dedans. »

Souvenirs doux, mais pieds abîmés, articulations douloureuses. Elles gardent leurs escarpins préférés... juste pour les regarder. Un équilibre entre plaisir passé et confort présent.


Conclusion : le talon, entre liberté et contrainte


Des cavaliers persans aux open-spaces, le talon a tout traversé. Objet de pouvoir, de plaisir ou de contrainte, il reste un marqueur social et corporel.

Talons ou baskets, l’essentiel ? Que vos pieds marchent libres, dignes… et écoutés.


Bibliographie

  • Elizabeth Semmelhack, Heights of Fashion: A History of the Elevated Shoe, Periscope Publishing, 2004.

  • Catherine Örmen, Histoire des chaussures, Flammarion, 2015.

  • Bata Shoe Museum, Standing Tall: The Curious History of Men in Heels, www.batashoemuseum.ca

  • BBC Culture, How high heels were originally meant for men, 2017.

  • Philippe Perrot, Les habits de la liberté : 1780-1800, Éditions du Seuil, 1989.

  • La Fronde, archives 1913.

  • Fédération internationale des podologues, Rapport 2021.

  • Archives parlementaires de la Révolution française, 1790-1791.


 
 
 

Sonia SONNERY-COTTET
Pédicure Podologue conventionnée

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